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Les montres se jettent à l’eau : tout comprendre à l’étanchéité

Les montres se jettent à l’eau : tout comprendre à l’étanchéité

Par Vincent Bergerat, directeur de la création et du design chez Kelton.

Temps de lecture : 7 minutes.



Plongeuses, ATM, mètres, bars… les mystères de l’étanchéité enfin révélés !

Votre montre est-elle résistante à l’eau ou carrément prête pour la plongée sous-marine ? Entre les 30 mètres qui ne servent qu’à survivre à la pluie, les 50 mètres qui autorisent la brasse coulée et les 200 mètres qui vous emmènent vraiment vers les eaux profondes, l’écart est vertigineux. On vous explique, sans jargon et sans bouée, comment votre garde-temps encaisse la pression de l’eau — et ce que vous pouvez réellement lui faire subir cet été.

Etanchéité : explication de texte.

Avant de plonger, jetons un coup d’œil aux petites lettres, sur le cadran. Juste en dessous de l’axe des aiguilles, se trouve généralement une indication relative - mais souvent mystérieuse - aux relations entre votre montre et l’eau. 


Vous pourrez lire un certain nombre d’ATM (atmosphères), de bars, de mètres, ou encore une indication pas si claire que ça : “Résiste à l’eau”, ou encore “water resistant”, votre montre est-elle étanche pour autant ? Il existe une foule de manières d’indiquer si oui ou non vous pouvez sauter du bateau dans la mer ou si vous allez devoir confier votre Kelton à une personne de confiance, qui restera au sec.


Petit spoiler : “water resistant” tout seul, sans chiffre derrière, ne veut pas dire grand-chose. C’est le “bon appétit” de l’horlogerie : sympathique, poli, mais totalement dénué d’engagement. Une montre résistante aux éclaboussures survivra à la pluie et au moment où vous lavez les mains ; elle ne survivra pas à un plat depuis le ponton. La nuance tient en un chiffre, et ce chiffre change tout.


L’étanchéité, c’est quoi ?

Pour être tout à fait limpide, l’étanchéité d’une montre est sa capacité à résister à la pénétration de l’eau sous pression, eh oui. Mais comment empêche-t-on l’eau d’entrer ? Grâce aux joints toriques* disposés aux trois points d’entrée possible : le verre, le fond de boîtier et la couronne (le remontoir). 


Trois portes, trois serrures. Le verre est pressé ou vissé sur le boîtier, le fond est vissé ou clipsé, et la couronne — la plus vulnérable des trois, puisque c’est la seule qui bouge — vient sceller le tout. À chaque interface, un joint en caoutchouc écrasé fait barrage : plus vous descendez, plus la pression de l’eau plaque ces joints contre leur logement. Bien conçue, une montre est donc paradoxalement d’autant plus hermétique qu’on l’emmène loin.


A noter qu'une couronne vissée est fortement recommandée pour les montres sportives, elle se visse et se dévisse, apportant une étanchéité optimale à ce point précis. Précisons que l’étanchéité d’une montre n'est, hélas, pas éternelle, qu’elle évolue et peut se dégrader, par exemple, à la suite d’une intervention (changement de pile ou réparation).


Les joints, eux, vieillissent : ils sèchent, se tassent, perdent leur élasticité. Ajoutez le sel, le chlore, les crèmes solaires et les variations de température, et vous obtenez un joint fatigué au bout de quelques saisons. L’étanchéité n’est pas une caractéristique gravée dans le marbre : c’est un état, à entretenir. D’où l’intérêt de prendre soin de son garde-temps plutôt que de lui faire une confiance aveugle.


*Tore : Surface de révolution engendrée par un cercle qui tourne autour d'un axe situé dans son plan et ne passant pas par son centre.


ATM,  Bars ou mètres ?

Ces trois indications font référence à des unités de pression dont les valeurs sont quasiment équivalentes (1 ATM  = 1,01325 bar). Dans un souci de clarté, nous partirons du principe qu‘1 ATM = 1 bar = 10 mètres de pression. 

Ajoutons que les valeurs accolées à ces unités résultent de tests en laboratoire et non d’un usage réel et nécessitent les précisions qui suivent (à apprendre par cœur). 

Traduction : les 100 mètres affichés sur votre cadran ne sont pas une invitation à descendre à 100 mètres. Ce sont 10 bars appliqués sur une montre immobile, dans une cuve, à température stable. Or, un bras qui fend l’eau en crawl génère des pointes de pression bien supérieures à la profondeur réelle. La règle du pouce des horlogers : divisez par deux, et vous serez tranquille.


Indication

Usage réellement possible

3 ATM / BAR / 30 m

Résiste aux éclaboussures et à la pluie

5 ATM / BAR / 50 m

Natation en surface

10 ATM / BAR / 100 m

Natation, snorkeling

20 ATM / BAR / 200 m et au-delà

Plongée sportive

ISO 6425

Norme officielle montre de plongée (min. 100 m, testé à 125 % de la pression nominale)



À noter que Kelton propose également, dans sa collection 1955, des modèles 20, 30 et 40 ATM. En l’absence de mention d’ATM ou équivalent, prudence : gardez votre montre éloignée de l’eau !  


Que puis-je faire, concrètement, avec ma montre ?

Parce qu’un tableau, c’est bien, mais que la vraie vie se passe rarement dans une cuve de laboratoire, voici la version terrain.

  • Étanche à 30 mètres (3 ATM) : vous vous lavez les mains, vous prenez la pluie sur le chemin du bureau, vous renversez un verre. C’est tout. Pas de douche, pas de piscine, pas de vaisselle. Une montre résistante aux éclaboussures, pas une montre d’eau.
  • 50 mètres (5 ATM) : la natation en surface devient possible. Quelques longueurs tranquilles, une baignade en bord de plage. On évite en revanche les plongeons et les sports de vitesse : l’impact multiplie la pression de l’eau instantanée.
  • 100 mètres (10 ATM ou ATM 100) : le vrai point de bascule. Natation, snorkeling, saut du ponton, toutes les activités nautiques de surface. C’est le seuil minimum pour ne plus jamais y penser.
  • 200 mètres (20 ATM) et au-delà : plongée sportive, apnée, et le droit d’aller voir ce qui se passe dans les eaux profondes. C’est là que commence la vraie montre de plongée, celle qui peut résister à la pression sans broncher.

 

Norme ISO 6425

Lorsqu’il s’agit de plongée sous-marine, la sécurité des personnes entre en jeu, et cette norme a été mise en place afin de garantir que votre montre vous accompagne de manière infaillible dans les abysses. Notons que si nombre d’entre-nous adorent les montres de plongée, les plongeuses, toutes ces montres ultra robustes et luminescentes, la proportion de plongeurs ne représente que 0,07 % de la population mondiale, c’est peu ;).  

La norme ISO 6425 comporte 12 critères (à consulter en intégralité sur https://montredeplongee.com/norme-iso-6425/)


Ce label ne se décerne pas au doigt mouillé : lisibilité à 25 cm dans le noir complet, lunette unidirectionnelle graduée, résistance aux champs magnétiques et aux chocs, tenue face aux variations de température et au choc thermique, et surtout un test à 125 % de la pression nominale — chaque exemplaire, pas un échantillon. Une montre de plongée professionnelle certifiée ISO 6425 est donc, littéralement, un instrument de sécurité déguisé en accessoire de style.


Nos Kelton 1955 ainsi que quelques autres de nos modèles respectent bon nombre de ces critères, sans toutefois prétendre à un usage professionnel. Toutes ont un verre saphir, une lunette unidirectionnelle (temps de plongée), une couronne vissée, des index et aiguilles recouverts de superluminova, cela permet déjà un nombre incalculable d’activités sportives et nautiques allant du beach tennis au surf en passant par la vaisselle ou encore, la méga bombe dans la baie de Villefranche-sur-mer.

Le choc thermique, un ennemi discret

On imagine souvent l’ennemi juré des montres résistantes à l’eau sous la forme d’une vague. La réalité est plus inattendue : c’est le choc thermique. Un sauna suivi d’un plongeon glacé, une montre brûlante sur le sable puis un aller direct dans la Méditerranée, une douche bouillante après un bain de mer : à chaque fois, métal et joints se dilatent puis se contractent à des vitesses différentes. Résultat, un micro-interstice s’ouvre, l’air à l’intérieur du boîtier se contracte et aspire l’humidité. La buée sous le verre, ce n’est presque jamais un défaut d’étanchéité — c’est une variation de température mal négociée. Moralité : laissez votre garde-temps s’acclimater avant de le soumettre aux extrêmes.


Comment préserver l’étanchéité de votre montre ?  

Ici, le bon sens est roi, et le rinçage simple après un bain de mer ou en piscine (sous la douche) conseillé. De même, on ne dévisse pas la couronne sous l’eau, même pour rire.


Quelques réflexes supplémentaires :

  • Vérifiez toujours que la couronne est bien vissée avant de mettre un orteil dans l’eau. 90 % des sinistres viennent de là.
  • Rincez à l’eau claire et tiède après la mer ou le chlore, puis séchez avec un chiffon doux. Le sel cristallise et attaque les joints.
  • Évitez le jet direct du robinet quand vous vous lavez les mains : un filet d’eau sous pression concentre plus de contraintes qu’un mètre de profondeur.
  • Faites contrôler l’étanchéité tous les deux ans environ, et systématiquement après une ouverture du boîtier.
  • Bracelet cuir + eau de mer : c’est non. Préférez le FKM ou l’acier pour les activités nautiques.

 

Deux questions qu’on nous pose tout le temps

Une montre 50 mètres peut-elle aller à la piscine ? Oui, pour nager en surface. Non pour plonger depuis le plot ni pour le toboggan de 250 mètres.

Puis-je me doucher avec ma montre ? Techniquement, à partir de 10 ATM, oui. Dans les faits, gel douche et eau chaude usent les joints plus vite que la mer. On évite.


L’étanchéité est-elle définitive ? 

Non. Elle se dégrade avec le temps, les chocs et chaque ouverture du fond. C’est une révision, pas une garantie à vie.

Avertissement : faites appel à un professionnel lorsque vous souhaitez vérifier l’étanchéité d’une montre, après tout changement de pile ou intervention sur le boîtier.
 

Cet article a été relu et validé par l'équipe technique Kelton.